Cadres : alignement ou soumission stratégique ?

Par le 26 mai 2010

Il y a quelques années, le Groupe Cegos (organisme de formation professionnelle) sortait les résultats d’une étude intitulée le « Divorce des cadres ». Cette étude mettait en évidence les prémices d’une nouvelle donne quant au couple Dirigeants/Relais d’encadrement.


Cadres : alignement ou soumission stratégique ?

alignement, shutterstock

Historiquement, les cadres ont toujours été garants des règles et vecteurs de la politique de leur direction. Or, depuis quelques années, les cadres ne prêtent plus nécessairement allégeance à leur hiérarchie comme c’était le cas il y a vingt ans. Probablement qu’à terme, avec l’émergence de la génération Y porteuse de nouvelles valeurs, le phénomène peut encore s’accentuer.

Tentons quelques explications

Une démarche stratégique ne trouve sa légitimité qu’à travers une implication et un engagement des membres qui participent au destin collectif de cette organisation, à commencer par les relais de management. Cette implication est aisée dans les entreprises dont les performances sont un gage d’opportunités positives pour les différents acteurs concernés. Elle est plus difficile, mais concevable pour une entreprise en difficulté, mais dont la stratégie de compétitivité reposerait sur la mobilisation des acteurs qui peuvent être amenés à faire des efforts pour sauver l’entreprise et par là même leurs emplois.

En revanche, cette implication devient une utopie lorsque la stratégie mise en œuvre apparaît comme dirigée contre les membres de l’organisation, voués à en être exclus ou à subsister dans un organisme affaibli.

En outre, de manière légitime, les directions attendent un devoir de loyauté total de la part de leur encadrement. Mais peut-on être totalement aligné, loyal, porteur d’une stratégie et des décisions associées, si l’on a le sentiment profond de ne disposer d’aucune marge de manœuvre et surtout d’aucun espace de confrontation possible ? A ce titre, plus que de l’alignement, nous observons souvent davantage une logique de soumission résignée de la part des relais de management. La question est de savoir si dans une perspective durable il est possible de porter et d’incarner une stratégie dans ces conditions.

Des rebelles muselés par la crise ? La morosité ambiante et le sentiment d’être « menacé » à titre personnel sur l’autel de la rentabilité, au même titre que les ouvriers, peut bien sûr renforcer le phénomène.

Pour une règle du jeu réellement intégrée et partagée

Prônons une règle du jeu saine, constructive et génératrice de confiance dans le couple Dirigeants/Managers : devoir de loyauté + droit de confrontation. Cette simple règle mobilise une valeur essentielle tant au niveau des dirigeants que des managers : le courage !

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Bruno de JUST Il y a 6 années

Il me semble utile de rappeler, ce qui longtemps fut le rôle avoué des managers : faire passer les valeurs de l’entreprise. De ces valeurs, quelles qu’elles fussent ( qualité, service, rentabilité, image de marque etc…) émanait une valeur partagée : le travail, l’accomplissement d’une oeuvre utile, valorisante. Une source de progrés pour tous.
Aujourd’hui, la financiarisation des entreprises change la donne : la seule distribution de dividendes ne peut constituer une valeur de ralliement, bien au contraire.
Les hommes dans cette nouvelle démarche ont souvent servi de valeur d’ajustement, cadres y compris.
Alors la loyauté ? oui, toujours mais pas l’abnégation, pas la soumission, pas sans le désaccord…
Ceci corresponds plus, à mon sens , a la problématique des cadres que nous pourrions appeler  » a l’ancienne », nés dans l’engagement, porteurs de drapeaux et de valeurs, que des jeunes cadres, issus des générations  » chômage et petits boulots  », plus rationnels donc, moins manipulables, plus informés, plus adaptés aux temps que nous vivons.
Quand à savoir s’il est possible de porter et d’incarner une stratégie à laquelle l’individu n’adhère pas ou plus, cela devrait, pour rester rationnel, une simple affaire d’opportunité, le temps que l’orage passe.
Entreprise et Chevalerie ne font pas appel , aux mêmes valeurs.

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Emmanuelle Il y a 6 années

Wow ! Christophe, votre article décoiffe et ça me plaît énormément.
J’animais récemment une session Management, et un participant (manager de 62 ans) m’a fait cette confidence à la pause : « vous savez Emmanuelle, je constate que votre génération, les 35-45 ans, vous êtes … comment dire… allez, je le dis : des poules mouillées ! Non seulement, vous n’adhérez pas à ce que vous devez véhiculer (en tant que managers) auprès de vos équipes, mais en plus, vous êtes résignés, vous acceptez tout, sans rien dire. Heureusement, la nouvelle génération (<25ans) a plus de cran !".
Mon ego en a pris un coup, et même si j'ai ri, je réalisais pour la première fois qu' il avait cruellement raison ! Votre équation "devoir de loyauté + droit de confrontation" remet les pendules à l'heure. Mais pourquoi ne l'avons-nous pas réussi instinctivement ? Pourquoi avons-nous, (nous, générations qui manageons depuis 10 ans), manqué à ce point de courage ? Sommes-nous condamnés à être "la génération qui n'aura pas marqué son temps" ??

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Michèle Il y a 6 années

Emmanuelle

Si vous voulez être rassurée,  »Manager » moi-même de type  »vieille école », loyale envers l’entreprise, pratiquant une politique de management axée sur le travail d’equipe, le respect l’autre et la franchise; je viens de démisssionner.
Courage ou inconscience à 51 ans ? L’avenir le dira.
Nos nouveaux Managers, issus des Arts et metiers et autres écoles nobles, enfants gâtés par la vie, sont jetés dans la piscine sans savoir nager.
Mais ils n’ont pas plus de cran que les quadras, j’ai pu assister de nombreuses fois à des réunions de management où ils subissaient des reflexions dégradantes et injustifiées de la part de certains directeurs, et …ils n’avaient aucune réaction de rebellion.
J’ai voulu en savoir plus sur leur resistance au stress , et à l’insulte, réponse : Nous serons Directeurs dans moins de 5 ans,on est formaté pour ce métier, donc les reproches d’aujourd’hui n’ont aucune prise sur nous.
La plupart , sans état d’ame, ayant comme seul objectif, le résultat, au détriment du reste
( respect de l’autre, courtoise, collaboration) seront-ils vraiment les Managers et Directeurs de demain ? ……. et quelles sera leur politique?
Alors mieux vaut encore les 35/40 que les moins de 25, ils restent plus humains

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