Le maître et le chien

Par le 19 novembre 2012

Le maître-et-le chienLe psychologue américain Frederick Herzberg est plus connu pour sa théorie sur la motivation et ses travaux sur l’enrichissement des tâches que pour ses talents de conteur et pourtant l’histoire du maître et du chien est riche d’enseignements…

Episode 1 : mon chien fait ce que je veux

Un maître est en compagnie de son chien. Il connaît bien ses goûts : il sait que son chien adore les morceaux de sucre (bien que ce ne soit pas bon pour les chiens). Comme il veut que son chien se rende dans la pièce voisine, il décide d’y mettre un morceau de sucre et le chien s’y rend d’un air joyeux. Encouragé par ce premier succès, le maître décide de poursuivre l’expérience : Il choisit un autre endroit, dépose un nouveau morceau de sucre et constate une nouvelle fois avec plaisir que son procédé fonctionne.
A ce stade, Frederick Herzberg pose la question suivante : « qui est motivé : le chien ou le maître ? » Prenez quelques instants de réflexion et notez votre réponse. Attendez de lire la fin de l’histoire avant de prendre connaissance de la réponse que nous vous proposons.
Vous êtes probablement impatients de connaître la suite de l’histoire du maître et du chien. La voici.

Episode 2 : mon chien n’est plus motivé

Le maître continue à donner, avec les mêmes résultats, des morceaux de sucre à son chien mais ses réserves s’amenuisent et, à un moment donné, son stock est épuisé. Il ordonne à son chien de se rendre dans un nouveau lieu mais le chien reste couché…en attendant sans doute le prochain morceau de sucre qui ne vient pas. Que faire ?
La métaphore d’Herzberg s’arrête là mais, pour satisfaire la curiosité du lecteur, nous avons imaginé une suite.

Episode 3 : j’ai trouvé la solution

Le maître décide de se séparer de son chien et d’en prendre un nouveau plus vaillant qui, sans doute informé par son prédécesseur, adopte le même comportement. Après plusieurs changements de quadrupèdes qui s’avèrent tout aussi infructueux, le maître finit par en conclure que, faute de sucre, il va utiliser des moyens coercitifs pour que son chien lui obéisse (nous ne citerons pas ici pour ne pas heurter la sensibilité du lecteur).Eureka ! Le dernier chien en date s’exécute et le maître est ravi d’avoir trouvé des moyens qui remplacent avantageusement les morceaux de sucre. Ce qu’il ne sait pas, c’est que, dès qu’il s’absente, le chien retourne se coucher.

Les morales de cette histoire

C’est le maître qui est motivé car c’est lui qui a envie que le chien fasse ce qu’il lui demande alors que le chien est stimulé par les morceaux de sucre.
Créer les conditions de motivation (du chien), c’est agir sur les facteurs de motivation identifiés par Herzberg (accomplissement de soi, intérêt des activités, perspectives d’évolution, reconnaissance, perspectives d’évolution).
Les effets de la stimulation des facteurs d’environnement (les morceaux de sucre : rétribution, conditions de travail,…) sont de courte durée. Pour obtenir un effet durable,  Il est donc nécessaire de disposer de nombreux morceaux de sucre et d’en donner fréquemment.
Les leviers de stimulation, « les coup de pieds aux fesses » selon Herzberg, ont suivi jusqu’à présent une chronologie. Au début, ils étaient physiques (le chien recevait des coups de bâton)  puis ils sont devenus psychologiques comme le raconte cet homme qui travaillait déjà avant les congés payés de 1936 : « j’ai annoncé à mon patron que je souhaitais prendre une semaine de congés. Il m’a dit que je pouvais mais…que je n’étais pas sûr de retrouver mon poste en rentrant ». Ensuite, ce fut l’époque des « coup de pieds aux fesses dorés » (des morceaux de sucre). Faute de morceaux de sucre, les « coups de pied aux fesses psychologiques » ne sont-ils pas de retour ?
En apparence, susciter l’envie ou stimuler semble produire les mêmes effets mis en est-on si sûr : que se passet-il quand le maître ( pardon : le manager ») s’absente ?
Et vous, suscitez-vous l’envie et/ou donnez-vous des morceaux de sucre ?

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Barbara Il y a 2 années (12h00)

Merci pour votre article. J'aime beaucoup. ça fait réfléchir aussi sur la responsabilité de chacun à se comporter en bon chien.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (12h17)

@Barbara : merci.Oui, la situation questionne également le libre arbitre du chien. Cordialement

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Pascale Bélorgey

Pascale Bélorgey Il y a 2 années (20h40)

Si nous découvrons ici les talents de conteur d 'Hertberg, en tout cas le plaisir de lire tes billets, Jean-Pierre, se renouvelle à chaque fois, confirmant billet après billet tes propres talents de conteur. Si bien que l'on serait tentés d'en redemander. Est-ce que la quête joyeuse du morceau de
sucre par le chien pourrait aussi bien motiver le maître ? ;-)))) Lire la suite

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Abdellah Amjod

Abdellah AMJOD Il y a 2 années (21h27)

Très belle histoire jean pierre je rajoute juste que si on ajoute un autre chien et à ce lui qui arrivera en premier à exécuter ce que les desideratas du maître aura droit au su sucre :)

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (08h41)

@Pascale Belorgey : merci; Et si le maître montrait à son chien qu'il est important à ses yeux, qu'il reconnait sa compétence, qu'il l'apprécie, qu'obtiendrait-il?

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (08h42)

@Abdellah Amjod : merci. Oui, la mise en compétition est une forme de stimulation.

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Laurence Chabry

Laurence Il y a 2 années (13h05)

Hé oui, même les chiens en ont, du libre arbitre. J'avoue que cette image m'a beaucoup fait rire. Situation tragique du manager qui se prendrait pour un maître... Merci pour ce conte

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (05h13)

@Laurence: merci pour cette autre lecture de ce conte.

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Jacques Isoré

Jacques Il y a 2 années (09h26)

Un bien belle histoire en effet. Herzberg connaissait-il Pavlov ? Si on associe au morceau de sucre le son d'une cloche, après quelques tentatives, on s'apercevrait qu'au son de la cloche, le chien se dit "Tiens ! il va y avoir du sucre !" et chercherait partout où son maître
l'a placé... Transposition : "Tiens, le chef arrive, agitons-nous. Il y a peut-être quelque chose à gagner !" ou bien "Pouvu que les coups de pieds n'atterissent pas sur mes fesses !" Libre arbitre ? Lire la suite

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (07h17)

@Jacques : merci. Parfois la pression est tellement intériorisée qu'il n'y a plus besoin de morceaux de sucre ou de son de cloche. Une prise de recul est nécessaire pour se mettre en posture de choix. Cordialement

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