Management et Photographie : une question d’image

Par le 7 octobre 2010

Récemment nous nous sommes allés visiter l’admirable exposition parisienne des photographies de Willy RONIS à la Monnaie. Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre la photographie et le management ?

Arrêt sur deux images…

Pour le comprendre,  suivez nous dans une visite subjective de cette exposition, centrée sur deux photographies :

La première, « Nu provençal – Gordes – 1949 » est célèbre  (c’est l’affiche de l’exposition) : passant devant la salle de bains, Willy Ronis dit à Marie Ange : « Reste comme tu es ». Elle est penchée sur une vasque en train de se rafraichir. La photographie fige un instant, la tension de cette position inconfortable, donc éphémère. Cette position nous invite aux suggestions imaginaires autant sur « l’avant » que sur « l’après ».

La seconde, « Chez un vigneron de Cavignac – 1945 » : peu importe si que ce soit vrai ou non, mais les sourires éblouis des trois protagonistes sur la photographie – le vigneron avec son verre à la main, une femme le servant en fixant l’objectif et un troisième homme – nous disent tout de leur satisfaction.

  • Avant : la récolte a été excellente, le vin est bon.
  • Pendant : tous sont fiers et goûtent leur plaisir.
  • Après : ils vont vraisemblablement en tirer bénéfice pour l’année. Tous les ingrédients d’une chronique de sérénité annoncée sont là.

Qui questionnent notre rapport au temps ?

En quoi ces photographies nous interpellent-elles en tant que managers ? Dans notre rapport aux temps passé, présent et futur : le lien entre l’instant, « l’avant » et « l’après », dans chacune de nos pratiques managériales.

Cette question de la mise en perspective de l’instant présent par le manager en amène d’autres, essentielles sur le terrain de la crédibilité managériale :

  • Quels sont les enjeux et les conséquences de nos actes de managers dans l’environnement actuel ?
  • Avec quel courage et comment assumons nous nos décisions managériales, y compris dans la durée ?
  • Quelle est la fiabilité de nos engagements dans des contextes où les réorganisations successives font vivre aux collaborateurs des changements fréquents, y compris des changements de managers ?
  • Et enfin, comment concilier notre loyauté à notre management supérieur – condition d’un alignement stratégique réussi – et, le cas échéant, difficulté à incarner des décisions auxquelles nous n’adhérons qu’en partie ?

La dérive du manager du « temps présent »

Parmi les points de vigilance induits par ces questions celui là nous semble essentiel : dans une période où le changement, vécu précédemment comme exceptionnel et rare, peut vite devenir la norme, le risque est grand de se cantonner à un rôle de manager du « temps présent », illustré par cette phrase souvent entendue : « de toute façon, je ne suis pas là pour longtemps, je vais bouger ». En effet, comment, dans ces conditions, inscrire la valeur ajoutée de son action managériale au-delà de la performance à court terme ? Comment assurer le développement des compétences, le progrès continu, l’accompagnement dans des parcours de mobilité ou d’évolution, la mise en perspective des délégations… ?

Le risque de détérioration de l’image du management

Quels sont les enjeux managériaux de ce constat pour l’entreprise ? Dans un contexte d’exigence de résultats, de changements nécessaires à court terme et de recherche d’alignement de la ligne managériale sur le moyen terme, c’est l’image de la fonction managériale et de sa valeur ajoutée perçue par les collaborateurs qui s’en trouve impactée. En effet, individuellement elle révèle le système de valeur personnel du manager et collectivement elle participe de la culture d’entreprise.

Par ailleurs, alors que le contexte peut donner l’impression que rien n’est fait pour durer, les impacts émotionnels négatifs du management sur les collaborateurs risquent de s’ancrer durablement en termes d’image.

Charge alors à l’entreprise d’évaluer les opportunités et risques de ce levier de développement que constitue le management, sur la fidélisation de ses collaborateurs, l’image et l’attractivité de l’entreprise sur le marché de l’emploi, la motivation et l’engagement des équipes ou encore le bien être au travail.

Concernant nos propos sur le management, nous vous laissons juges et nous attendons vos réactions. Quant à l’exposition Willy Ronis, vous pouvez y aller les yeux fermés… enfin, si j’ose dire !

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Philippe GASTAUD Il y a 10 années

Excellente analogie entre l’imagerie figée d’une photographie et le mouvement perpétuel d’une entreprise en mutation. Le manager doit fédérer ses collaborateurs autour de valeurs immuables, qui ne changeront pas, et les accompagner dans les évolutions permanentes de l’entreprise.

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Maud Il y a 10 années

Très pertinent comme réflexion. merci beaucoup. je rêve d’objectifs managériaux qui soient basés sur la qualité des informations transmises à son successeur, sur la mesure de la montée en compétences de ses équipes de sa prise de poste à la passation de ses responsabilités…d’indicateurs qui puissent mesurer dans quel état un manager laisse son équipe et quel a été son impact personnel sur l’employabilité de ses collaborateurs par exemple…ça te semble réaliste/ applicable….ou bien complétement utopique?

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Pierre Il y a 10 années

Maud, je ne sais pas si c’est utopique ou réaliste, c’est très ambitieux en tout cas.
Comment mesurer la qualité d’une communication ? comment mesurer la satisfaction d’une équipe ? comment mesurer l’impact d’une décision sur le court, moyen et long terme ?
La comparaison avec la photo est intéressante, une décision prise à un instant T, comme une photo prise, est fonction de ce qui s’est passé avant, en fonction du contexte la photo peut être réussi ou raté tout dépend de ce que l’on veut montrer, mais la photo n’influence pas ou peu le futur, alors que la décision oui. Dans les 2 cas, il est important de se rappeler le contexte, et le but de cette action (décision ou photo) s’il on veut en comprendre le sens.

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william Il y a 10 années

Très bon article. Un manager reste avant tout un relais entre ses collaborateurs et sa direction bien au delà de ses missions habituelles. Il doit souvent préserver les deux parties pour lesquelles il intervient. Plus qu’un médiateur, il ne trouve pas souvent une place confortable.

Cependant pour revenir sur l’objet de la comparaison qui est la photographie, il est nécessaire de rappeler qu’une photo est aussi « une décision prise à un instant T ».

En entreprise, nous voyons souvent des managers entrer dans une logique du « moi je » , car soumis à une logique de réultats, ils s’orientent vers une politique de « fast management » pour réparer la fuite d’eau dans leur bureau et finalement dissimuler, involontairement, une fondation engorgée d’eau et inévitablement instable.

Si nous prenons une photo d’un bureau de manager, il y aura plusieurs clichés :
– celui du manager, qui l’aura bien ranger.
– celui du directeur, qui sera moins clément.
– celui du collaborateur, afin de prendre la température

Sans prendre en compte les différents objectifs et les différents endroits par lesquels il est possible de prendre un photo, une mesure qualitative du management reste aujourd’hui un indicateur encore trop soumis à la subjéctivité du « photographe » car comme vous le savez tous : « nous avons tous un appareil photo !! « .

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RICHARD Il y a 10 années

Notre rapport au temps n’est pas le même pour chacun : manager ou pas. Aussi, l’interrogation majeure est probablement comment respectons-nous les bio-rythmes de ceux que nous gouvernons. Ainsi, j’ai connu dans le cadre d’un GRETA, un « manager » en formation continue qui travaillait avec ses collaborateurs dans des horaires complètement décalés : à partir de 19 H, le soir par exemple, alors que pour certains c’était totalement insupportable. Je pense que cela l’était pour elle aussi mais s’en rendait-elle compte ? On devrait davantage réfléchir à notre mode de vie surstressé parce que l’on veut avaler tout : vacances, loisirs, travail, argent, amours, famille etc….etc….
J’ai adoré travaillé le soir quand j’étais plus jeune, j’avais besoin d’un sentiment d’urgence pour être le plus opérationnel et mon rapport au temps était décalé à ceux d’éventuels collaborateurs. Mais à l’époque je me « manageais » d’abord moi-même dans le cadre du travail (ayant une famille, je ne vous parle pas du reste). Puis devenue chef d’établissement scolaire, il m’a fallu adapter mon rythme (non sans souffrance mais, j’ai finalement trouvé mon rythme en étant très présente le matin tôt 7H jusqu’à 11H50 , très présente à partir de 15H jusqu’à parfois très tard 22H. Un déjeuner léger et une petite sieste entre les deux ou une course au marché le plus proche. Repartir était alors très facile (mais…il ne faut pas avoir une marmaille qui vous attend à la maison !).
Quant à la photo, nous travaillions dans le cadre de la compréhension sociale et psychologique de jeunes en grande difficulté avec la Photo appelée « Photo langage ». Nous en tirions un grand profit avec les élèves qui pouvaient enfin exprimer ce qu’ils avaient à dire sans être eux-mêmes impliqués face aux autres même si c’était complètement le cas. Nous pouvions aborder alors avec eux le cadre d’un changement plus aisément : meilleure estime de soi, plus grande empathie aux autres ou abandon de conduites à risques addictives.

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