Episode 3 : comment sortir des conflits ?

Par le 28 avril 2014

Au cours des épisodes 1 « comment entrons nous en conflit ? » et 2 « pourquoi et comment entretenons nous le conflit ? », nous avons vu comment les jeux psychologiques se mettent en place, quelle est leur origine et comment nous pouvons les repérer. Nous allons maintenant aborder les solutions pour les éviter ou en sortir en limitant les dégâts !

Eviter d’entrer dans le jeu

1 – Repérer les « Amorces »

« Si mon interlocuteur fait un sous-entendu, il est possible qu’il démarre un jeu » – Eric Berne

Dans la formule : A + PF = R + CT + MC + BF (voir épisode 1), le jeu commence par une Amorce (A), un message caché derrière le message apparent qui cherche à accrocher un Point Faible (PF) chez son interlocuteur.

Voici quelques exemples d’amorces en fonction des trois rôles du triangle dramatique :

Sauveur : « Tu pourrais, je ne sais pas, sortir, faire du sport… », « Tu pourrais quand même penser à toi », « Parfois il vaut mieux abandonner, laisse-moi faire va ! », « Je ne dis pas ça pour t’embêter, tu sais », « Ecoute je ne demande qu’à t’aider », « Tu n’y peux rien tu sais, quand tu auras plus d’expérience pourquoi pas », « En fait ce que tu essaies de m’expliquer c’est… », « Est-ce que tu veux que je lui parle pour toi ? », « Tu peux toujours essayer ! ».

Persécuteur : « J’espère au moins que tu as pensé à…. », « Avec toi c’est toujours pareil », « Fais un effort pour une fois », « Tu veux que je te dise ? », «  Cela ne m’étonne pas de toi », « C’est quand même pas difficile de…. », « Écoute-moi au lieu de… », « Tu n’es bon qu’à… », « N’essaie pas de comprendre », « Tu crois que ça m’intéresse ? », « Décidément tu es nul ! », « Avec ton intelligence, tu aurais pu au moins comprendre ça ! ».

Victime : « Je ne suis pas très doué pour ça », « Demande plutôt à… », « Oh tu sais ce n’est pas pour moi ces choses-là », « Je préfère ne rien dire quand c’est comme ça », « Il suffit que je m’en mêle pour… », « Je vais surement encore dire une bêtise mais… », « C’est mieux que tu le fasses toi que moi », « C’est de ma faute, j’ai encore… », « Alors ça tu vois c’est tout moi, je suis bête, Je voulais tant lui faire plaisir et voilà ! », « Je ne m’en sortirai pas sans vous, je ne suis pas très… », « Je t’ai encore dérangé pour rien ».

Certaines de ses phrases résonnent-elles en vous parce que vous les avez entendues ou prononcées vous-même ?

Repérer une Amorce constitue une première façon d’éviter d’entrer dans un jeu conflictuel.

2 – Avoir conscience de ses Points faibles

Le jeu démarre lorsque l’amorce vient toucher l’une de nos caractéristiques que nous percevons  comme un Point Faible (PF). Il s’agit de prendre conscience du dialogue interne qui s’instaure :

  • De dévalorisation de soi : «  J’ai l’impression que je ne fais que des erreurs, des bêtises… », « Je ne suis pas assez… », « Je suis trop… ».
  • De dévalorisation de l’autre : « J’ai l’impression qu’il n’est pas compétent », « Il n’est pas assez ou trop… ».

Le Point faible peut concerner :

  • Le sentiment d’importance : accorder trop ou pas assez de valeur, d’attention à ses interlocuteurs (dévalorisation de l’autre). Ce sentiment se traduit par des phrases telles que « je ne suis pas assez présent, pas assez disponible ». Considérer ne pas recevoir suffisamment d’attention : « Il ne s’intéresse pas à moi » (dévalorisation de soi)
  • Le sentiment de compétence : considérer les autres incapables de se prendre en charge : « Il n’est pas assez expérimenté, compétent…  » (dévalorisation de l’autre) ou ne pas se considérer soi-même comme compétent : « Je suis débutant, je suis trop jeune, pas assez formé… » (dévalorisation de soi).
  • Le sentiment d’amabilité : considérer l’autre comme peu sympathique peu appréciable : «Il m’est antipathique » (dévalorisation de l’autre) ou considérer que les autres ne nous apprécient pas suffisamment : « Je sais bien qu’ils ne m’apprécient pas » (dévalorisation de soi).

Prendre conscience de ses Points faibles permet d’avoir du recul par rapport aux amorces proposées et peut permettre d’éviter d’entrer dans un jeu.

3 – Déjouer les jeux proposés par les autres

Identifier le rôle par lequel l’interlocuteur amorce le jeu.

Face à une personne dans un rôle de Victime : Faire clarifier la demande pour aider la personne à sortir de son rôle. Par exemple : « Que souhaitez-vous que je fasse pour vous ? Qu’attendez-vous de moi ? En quoi puis je vous aider ? »

Face à une personne dans un rôle de Sauveur : Remercier pour la proposition et clarifier sa demande. Par exemple : « Votre sollicitude, votre gentillesse me touche, je vous remercie, j’ai seulement  besoin de…

Face à une personne dans un rôle de Persécuteur : Faire clarifier le sous-entendu. Par exemple : « Que souhaitez-vous me dire ? »  «  C’est votre interprétation » «  Voulez-vous préciser votre pensée ? »

Utiliser l’humour : « Et encore, vous ne savez pas tout ! »« Je peux vous dire oui, si c’est ce qui vous fait plaisir », voire la dérision « C’est gentil de vous préoccuper de moi ».

Eviter de se justifier face aux attaques « Cela vous ennuie tant que cela ? » et utiliser le « on » « On peut le penser » « On a souvent des avis sur des choses que l’on ne connait pas vraiment  »

Utiliser des proverbes ou maximes « Personne n’est parfait », « Il en faut pour tous les goûts », « Le diable est dans les détails », pour déjouer l’invitation du persécuteur. La solution est dans la distance et une forme d’indifférence polie.

Connaître ses jeux préférentiels pour en sortir

Chacun d’entre nous peut adopter l’un des trois rôles du triangle dramatique en fonction des circonstances et de l’interlocuteur qu’il a en face de lui. Néanmoins, nous entrons dans le triangle dans un rôle préférentiel. Quelle « trousse de secours » utiliser pour éviter d’endosser ce rôle ou ou en sortir ?

Persécuteur

J’ai tendance à…

Ma trousse de secours

  • Mettre l’autre en défaut en lui montrant tout ce dont il est incapable.
  • Mettre en évidence « le verre à moitié vide ».
  • Privilégier ce qui ne va pas et le mettre en exergue.

 

  • J’ai le souci de l’autre, je le respecte comme ayant de la valeur (sortir du mépris) et je prends en compte ses besoins.
  • Si je suis de nature colérique, autoritaire ou directive, je suis vigilant à ne pas agresser verbalement mon entourage, même si je juge qu’il fait mal son travail.

 

Sauveur

J’ai tendance à…

Ma trousse de secours

  • Empêcher l’autonomie en considérant l’autre comme incapable de résoudre tout seul ses problèmes.
  • Penser et décider à la place de l’autre.
  • Proposer des solutions à l’autre en pensant qu’il n’est pas capable de les trouver par lui-même.

 

  • Je connais mes limites.
  • Je ne m’engage pas sur ce que je ne peux pas faire.
  • Je reste dans mon domaine de responsabilités « mieux vaut être un leader qu’un martyr ! »
  • Je suis vigilant à aider en vérifiant que j’ai bien une demande explicite, et en ayant le souci de laisser l’autre autonome et responsable.

 

Victime

J’ai tendance à…

Ma trousse de secours

  • Me dévaloriser.
  • Me pas oser m’affirmer.
  • Eviter de faire pour justifier son incapacité.

 

  • J’exprime mes besoins sans quémander.
  • Je formule des demandes claires et explicites.
  • Si je me sens enclin à rechercher de la sympathie ou de l’aide, je suis particulièrement attentif à éviter que les autres règlent mes problèmes  à ma place.

 

 

Et si malgré tout vous rentrez dans le triangle dramatique…

Dans votre rôle de manager, voici une check list qui peut vous permettre, si vous vous sentez mal à l’aise après un entretien d’identifier si vous êtes entré dans le Triangle Dramatique :

  • Etiez-vous gêné avant même de commencer l’entretien ?
  • Vous êtes-vous entendu dire, dans le feu de l’action,  tout autre chose que ce que vous souhaitiez réellement dire ?
  • Vous êtes-vous senti décalé par rapport à vos valeurs ?
  • Avez-vous eu le sentiment de dire vraiment ce que vous pensiez ?
  • Avez-vous eu l’impression d’être mené par les événements plus que de les contrôler ?
  • Avez-vous obtenu un tout autre résultat que celui que celui que vous attendiez ?
  • Avez-vous repéré dans l’entretien une phrase que vous dites  régulièrement ?
  • Avez-vous éprouvé à la fin de l’entretien un sentiment désagréable, que vous ressentez souvent ?
  • Avez-vous l’impression que cela se passe toujours comme cela avec cet interlocuteur ?

Quelles pistes retenez-vous pour éviter les jeux ou en sortir ?

 

Article co-écrit avec Jean-Pierre Testa

 

Lire aussi sur la gestion de conflits :

Episode 1 : comment entrons-nous en conflit ?

Episode 2 : pourquoi et comment entretenons-nous les conflits ?

 

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Stéphanie L Il y a 5 années

Très bon article, merci.
A noter que lorsque c’est toute une équipe qui est en conflit, on peut envisager de passer par des activités de Team Building : http://www.activ-provence.com/nos-prestations/team-building.html

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myriam Il y a 3 années

Excellent article ! il permet de prendre du recul face à des situations de conflits pour mieux les appréhender à l’avenir

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Pascal Il y a 1 semaine

Subtilité des postures que les mots déclenchent avec efficacité. Avec quelle violence induite, parfois ! C’est le cas de la bien-pensance, si vous me permettez ce néologisme. Cf. http://projet-initiative101.com/forums/topic/bien-pensance-et-violence/

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