Délation, dénonciation ou « dénonlation » ?

Par le 2 juin 2014

Ne vous précipitez pas sur votre dictionnaire favori en vous disant : « dénonlation, je ne connais pas ce mot » ; en effet, il n’y figure pas (encore ?). Vous comprendrez notre proposition de création de ce néologisme à la lecture de ce billet.

Le gouvernement sud-coréen vient de mettre en place un système de délation rémunéré : tout citoyen qui dénonce une infraction commise par un de ces concitoyens se voit récompensé et la délation de chaque acte délictueux est dûment tarifée. Il y a des délateurs professionnels et même des écoles de délation pour se former. Les motivations à dénoncer son voisin, son collègue, un commerçant ? A n’en pas douter un esprit citoyen développé et…l’appât du gain. Mais quel rapport avec le management ?

Délation, dénonciation ou « dénonlation » ?

Vive la technologie !

A l’écoute de cette information, il nous ait revenu en mémoire l’anecdote relatée par un manager travaillant dans un grand groupe international qui, un matin en allumant son ordinateur, avait découvert une icône nouvelle sur bureau. Intrigué, il a cliqué sur l’icône et découvert que la maison mère avait installé sur chacun des postes des collaborateurs (ils sont plusieurs dizaines de milliers) un logiciel de dénonciation. Tout collaborateur qui observe un comportement déviant chez un de ses collègues a le droit (le devoir) de le dénoncer via le logiciel. A l’époque, le manager expliqua aux personnes présentes le bien-fondé de la démarche en faisant une distinction sémantique entre délation et dénonciation. Intrigués par cette distinction, nous nous en sommes remis au dictionnaire. Qu’y avons-nous trouvé ?

Délation et dénonciation

Le Larousse nous dit que la délation (du latin delatio) est une dénonciation intéressée et méprisable alors qu’une dénonciation (du latin denuntiare, faire savoir) consiste à désigner un coupable (d’un acte répréhensible) à une autorité, à la justice. A stade nous sommes perplexes : le système mis en place par le gouvernement sud-coréen prévoit une rémunération (donc ce serait une délation intéressée) et…une dénonciation puisqu’il s’agit de désigner des personnes ayant commis un acte répréhensible au regard de la loi. Les sud-coréens sont au pire des délateurs et au mieux des dénonciateurs. Et le manager ?

Logiciel de délation ou de dénonciation ?

Revenons à lui qui est devant l’écran de son ordinateur et l’icône du logiciel (de dénonciation ? Délation ?) et qui s’apprête à s’en servir. Est-ce une dénonciation intéressée (et donc une délation) ? Pas de prime prévue mais nous apprendrons que l’enjeu majeur du manager est de rester dans la ville dans laquelle il réside et y conserver son emploi dans un contexte de diminutions d’effectifs constantes sur le site. S’il désigne à sa Direction des collègues qui ont des comportements déviants, ce serait une dénonciation.

Alors, dénonciation, délation ou « dénonlation »?

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nabucthol Il y a 7 mois

Certains grands groupes ne savent pas quoi inventer pour virer ou obliger leurs salariés à changer de poste ou de région tout en assumant aucune responsabilité. Désormais c’est le manager lui même qui devra trouver ou inventer le motif pour faire virer son collègue afin de conserver sa place au chaud au risque d’être lui même victime de cette pratique. Ce logiciel encourage donc clairement la délation, il faut dénoncer les pratiques de ce genre qui sont sinon illégales au moins à vomir. Le gouvernement sud coréen encourage aussi la délation. Un comportement citoyen, et la dénonciation en fait partie, ne doit pas être rémunéré sous peine d’être dévoyé.

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