Le manager est un funambule

Par le 5 mai 2011

Les funambules sont des artistes poètes, et pourtant dans leur prestation, pas un mot, tout est dit par le corps qu’accompagne souvent une musique légère.

Tout ce qu’ils font sur leur fil, leurs réussites leurs échecs, passent par la façon dont leur mental maitrise au millimètre près leur gestuelle corporelle. On peut faire un corollaire entre les émotions qu’ils transmettent  à leur public grâce à cette maitrise corporelle et ce que l’on appelle la force du non verbal dans nos communications humaines.

En équilibre « au-dessus ».

Tout d’abord le funambule doit affronter le vide, il est « au dessus » marchant sur un fil, il a dû vaincre sa peur de tomber, voire son vertige.

Ensuite sa mission est de garder l’équilibre quelque soit la hauteur entre son fil et le sol :

  • Les aléas (glissement des pieds, oscillations du fil…)
  • Les  interventions des partenaires avec qui il faut échanger des objets, jongler…
  • La prise en main de la barre qui permet d’aller plus vite d’un point à l’autre et de mieux trouver sa place dans l’espace.

Puis, en général, son partenaire lui passe un vélo (son outil). Alors, en pédalant,  il peut faire preuve de  tout son art, pédaler seul ou à deux, pédaler tout en jonglant avec des balles, des assiettes…

La difficulté augmente progressivement, en fonction de sa force, de sa maitrise de son art : il pourra même aller jusqu’à embarquer sur son vélo plusieurs partenaires.

Orienté vers l’objectif et contact avec son environnement

Le funambule pour tenir debout ne quitte jamais de vue son objectif : la plate forme à l’autre bout du fil.  Pour atteindre la maitrise qu’il montre en représentation, il a énormément travaillé, s’est entrainé, mille et mille fois, a chuté, s’est blessé et a fini par se sentir assez confiant pour mener son show tous les jours et sans cesse l’améliorer.

Le funambule doit tenir compte du haut (les objets avec lesquels il jongle) et du bas (son « vélo outil »). Il doit également tenir compte de ses partenaires et avoir confiance dans leurs capacités à le soutenir, l’assurer dans les phases difficiles, et lui passer les bons accessoires au bon moment.

L’apprentissage de la confiance en soi

Il a développé ainsi, de la confiance en soi (je peux le faire malgré les aléas, les imprévus), une certaine sérénité (je sais me relever de mes erreurs et reconstruire), une flexibilité corporelle et mentale qui lui permet de faire face à sa situation fragile, aux événements inattendus et inquiétants qui peuvent survenir.

Ce qui m’a toujours frappée en observant les funambules, c’est leur expression qui montre à la fois la forte attention et concentration qui est le socle de leur réussite, mais qui dégage aussi une physionomie souriante, avenante.

Si certains funambules exercent sous chapiteau, d’autres expérimentent des traversées bien plus périlleuses et se confrontent aux éléments naturels, aux conditions  météorologiques, aux vents porteurs ou contraires, ils tentent l’aventure.

Les trois piliers de la réussite

Le funambule nous fait passer ses émotions : nous l’admirons pour son courage et sa dextérité. Nous avons aussi peur pour lui de temps en temps, mais nous nous disons que si il fait cela c’est « qu’il sait ce qu’il fait, ou il va et pourquoi il le fait »

Il a développé des compétences multiples, proches de celles que l’on exerce dans son métier de manager : Il maitrise son domaine (c’est un expert), il sait rester concentré sur son objectif, il entre en contact de façon efficace avec ses collaborateurs, il s’adapte aux situations, il tient compte de ce qui se passe au dessus de lui et autour de lui.

Et il réussit à nous captiver par son apparente sérénité face à cette posture contre nature qui est de progresser sur un fil tendu… Trois piliers de comportement le caractérisent : souplesse, communication, entrainement permanent.

Amis managers, vous reconnaissez vous dans ce funambule ?

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Virginie Il y a 5 années

Annette
Merci pour ce partage c’est magnifique, léger et puissant … et rempli de sensations.
ça donne de nouveaux éclairages aux managers et à ceux qui les accompagnent

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Michèle Il y a 5 années

Bonsoir,

Merci pour cet article, c’est une belle image du Manager. Il faut en effet avoir subi quelques echecs, avoir été capable de se relever, enfin , et e n’est pas le moindre trouver la Société qui a cette même vision.
Toutefois un Manager heureux doit aussi être apte à se ressourcer, faire le vide, et poser son blackberry de temps en temps. Rien de mieux pour bien voir le futur
Cdlt

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loukimane camara Il y a 5 années

Bel article qui sied à la situation actuelle en Côte d’Ivoire. face aux difficultés économiques et au stress de la guerre, les entreprises notamment les PME ont besoin de se reconstruire avec des managers de qualités , des leaders, ce qui ;ne court pas les rues.

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Gilles Il y a 5 années

L’image du funambule est belle certes. Il me semble cependant que cela ressortit à une espèce d’idéalisme qui relève de toute une idéologie managériale qui n’a rien à voir avec la réalité. Le funambule choisit ses risques, le manager pas toujours, quand il n’est pas soumis aux injonctions contradictoires de l’entreprise. Le funambule a des partenaires, le manager lui, a des collaborateurs et des actionnaires, différences de taille. Nombre d’enquêtes récentes sur le salariat en général et son segment d’encadrement en particulier, montrent qu’effectivement, c’est plus souvent sur le fil du rasoir qu’évoluent les managers qui finissent, pour certains d’entre eux, chez le cabinet d’un psy alors qu’ils sont en phase d’épuisement professionnel. On a coutume de dire, pour faire bien « burning out ».

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brice axel Il y a 5 années

la réalité dépasse de loin la fiction. ce texte est aussi subtile que le funambule sur scène. tantôt poétique, ludique ou métalinguistique; vraiment il faut avoir beaucoup de perspicacité pour écrire de la sorte.
cependant au delà de tout cela, il présente des décalages par rapport à la réalité. si le funambule a autour de lui des gens pour le soutenir, l’admirer, l’apprécier, le manager lui est dans une sphère concurrentiel qui lui véritable contrainte pour lui.

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    Tohida Il y a 10 mois

    Merci beaucoup ! Super sympa les poohts, e7a donne envie des soire9es sur la plage comme e7a !(J’ai vu aucune planches de surf, vous eates des faux ne9o-ze9landais en faite !)Bisous

Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@Brice bonjour, je comprends les contextes bien sur, sont différents , les environnements incertains, la pression, les changements multiples que doit gérer le manager sont une contrainte à prendre en compte au delà de la métaphore du funanbule.
merci de votre commentaire

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@Gilles, bonjour, merci de ces précisions qui nous ramènent à une approche réaliste.Il est vrai que les injonctions contradictoires que le manager peut avoir à intégrer et sa marge de manoeuvre réduite quant à ses choix, peuvent influer sur sa perception de son lirbre arbitre et l’amener à « baisser les bras ». Néanmoins on peut faire confiance à la capacité d’adaptation des managers, et leur faculté individuelle à affronter les situations complexes et à trouver les solutions appropriées, en dépit des environnements mouvementés.A bientôt.

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@camara, merci beaucoup de ce message très positif à propos de ma métaphore du funanbule.
A bientôt.

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@Michèle, merci à vous, c’est vrai, on apprend plus de ses erreurs que de ses réussites, « il faut tomber plusieurs fois pour apprendre à marcher » !Je suis tout à fait d’accord sur ce que vous exprimez sur la nécessaire capacité que doit avoir le manager à prendre du recul, de la distance, et quelquefois à « deconnecter » de ses obligations pour se retrouver et faire face avec plus d’efficacité aux situations futures.
A bientôt

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@Virginie, Bonjour, merci à vous de ce retour , c’est avec plaisir que j’ai livré ces convictions et je suis heureuse qu’elles aient résonné positivement pour vous.
A bientôt

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carole Il y a 5 années

Je ne suis pas manager… mais voilà de quoi nous reconcilier avec leur figure… Au prise avec différentes échelles hierarchiques, on peut imaginer un peu plus, un peu mieux, leurs difficultés. Se les rêprésenter comme des funambules nous aident à les ré-humaniser, voilà de quoi aider les salariés, qui eux aussi parfois (face aux froideurs des entreprises) entrent dans des spirales auto-destructrices…
Au delà de cela, merci pour ce texte talentueux, plein d’intelligence et de poésie. je ne regarderai plus mon chef de la même façon…

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@carole ,Merci, l’humain effectivement c’est ce qui est au coeur de l’entreprise, de la notion même d’entreprendre et qui peut être perdu de vue, on pourrait résumer ce que vous exprimez par « la froideur organisationnelle au risque de la perte de la relation humaine ».
A bientot

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Georges Aublé Il y a 5 années

Bonjour,
Ayant managé des équipes importantes pendant 15 ans et co-dirigeant maintenant 2 Masters2 à l’ IAE de l’ Université Lyon3 (dont le Master Direction commerciale Formation Continue), j’ ai beaucoup apprécié votre parallèle entre le manager et le funambule.
Car, l’ un comme l’ autre doivent rester concentrés sur leur objectif final tout en affrontant des environnements difficiles et incertains.Et ce, bien évidemment avec 1 forte dimension humaine.
Oui, cela demande de l’ entraînement, donc des compétences ( et non des savoirs), et d’ avoir su s’ enrichir de ses échecs.
Bravo pour cette réflexion originale et profonde
Georges Aublé

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Michèle Il y a 5 années

Bonsoir,

Votre article a fait l’hunamité, et vous avez réussi à reconcilier les différents acteurs d’une équipe « verticale ».
Carole, vous avez raison, faute de compréhension de part et d’autre, rien n’est vraiment possible
Bien cordialement

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@Georges, merci beaucoup de votre témoignage et de votre retour sur ce billet, je suis convaincue que l’on apprend avant tout de ses échecs, pour cela il faut se donner cette autorisation d’entreprendre en prenant le risque de se tromper …pour progresser

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Annette Chazoule

anette chazoule Il y a 5 années

@Michèle, c’est vrai, la compréhension est la clef, et elle suppose de solliciter son empathie et son écoute et de prendre du recul sur les événements.
Merci à vous

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Michel Il y a 5 années

Pour compléter la métaphore du funambule, les managers reliront la fabuleuse histoire de Karl Wallenda, grand funambule sud-américain »être sur une corde raide, c’est vivre, tout le reste n’est qu’attente » (1968).
Il n’avait jamais prononcé le mot échec.
A partir du moment (les 3 derniers mois de sa vie) où il a consacré son énergie à « ne pas tomber »plutôt qu’à marcher sur la corde, il se programmait pour l’échec.La veille de sa chute (et de sa mort) il avait même contrôlé personnellement l’installation de la corde;
« l’auto-déploiement par l’effet Wallenda, dans Diriger, les secrets des meilleurs leaders, Warren Bennis et Burt Nanus, InterEdition 1985.

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Vince Il y a 5 années

Eh oui, tout est une question d’équilibre!

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MDR 87 Il y a 4 années

J’aime assez celle-ci :

Deux entreprises, dont une française décident de faire une course d’aviron dans le but de montrer leur savoir-faire dans le domaine de la « galvanisation » des troupes.
Les deux équipes s’entraînent dur.
Lors de la 1ere épreuve, les étrangers gagnent avec plus d’1 km d’avance.
Les Français sont très affectés.
Le management français se réunit pour chercher la cause de l’échec.
Une équipe d’audit constituée de seniors managers est désignée.
Après enquête, ils constatent que l’équipe française, qui est constituée de 10 personnes, n’a qu’un rameur, alors que l’équipe étrangère comporte un barreur et 9 rameurs.
La direction française décide de faire appel au service de consultant internes.
Leur avis, entouré de précautions oratoires, semble préconiser l’augmentation du nombre de rameurs.
Après réflexion, la direction décide de procéder a une réorganisation.
Elle décide de mettre en place un manuel qualité, des procédures d’application, des documents de suivi…
Une nouvelle stratégie est mise en place, basée sur une forte synergie.
Elle doit améliorer le rendement et la productivité grâce a des modifications structurelles.
On parle même de zéro défaut dans tous les repas brainstorming.
La nouvelle équipe constituée comprend maintenant :
– 1 directeur d’aviron
– 1 directeur adjoint d’aviron
– 1 manager d’aviron
– 1 superviseur d’aviron
– 1 consultant de gestion d’aviron
– 1 contrôleur de gestion d’aviron
– 1 charge de communication d’aviron
– 1 coordinateur d’aviron
– 1 barreur
– 1 rameur.
La course a lieu et les Français ont 2 km de retard !
Humiliée, la direction prend des décisions rapides et courageuses :
– elle licencie le rameur n’ayant pas atteint ses objectifs
– elle vend le bateau et annule tout investissement.
– Avec l’argent économisé, elle récompense les managers et superviseurs en leur donnant une prime, augmente les salaires des directeurs et s’octroie une indemnité exceptionnelle de fin de mission.

Si après cela vous avez encore envie de ramer…

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