Jeunes managers : des aptitudes mais peu d’envie

Par Jean-Pierre Testa le 26 novembre 2012

L’enquête récente CEGOS sur les jeunes de 20-30 ans au travail (réalisée en France, Angleterre, Allemagne, Espagne et Italie) nous donne des informations d’autant plus intéressantes sur la nouvelle génération de managers que les réponses sont unanimes quel que soit le pays concerné. Comment les jeunes managers ont-ils tendance à manager leurs collaborateurs ? Les résultats de l’étude nous permettent de tirer trois enseignements.


Les jeunes managers ont des dispositions pour répondre aux attentes de leurs collaborateurs

Manager efficacement consiste, entre autres, à répondre aux attentes des membres de son équipe. A ce titre, les jeunes collaborateurs interrogés souhaitent à 60% :

  •  être reconnus.
  • etre considérés,
  • être respectés,
  • être soutenus en cas de difficultés,
  • être mis en confiance,
  • pouvoir développer ses compétences.

Au-delà de percevoir un revenu, ils souhaitent s’épanouir, développer leurs compétences.

Or, ces attentes ne sont aujourd’hui satisfaites qu’à 40-45% par les managers actuels. Cette situation pourrait changer car aussi bien les DRH, interrogés sur leur perception des jeunes managers, que les intéressés eux-mêmes privilégient :

  • la proximité avec leur équipe,
  • la fluidité de la communication,
  • l’ouverture à la critique et la remise en cause de leurs pratiques managériales,
  • la prise en compte de l’humain et le développement des compétences de l’équipe.

Ils managent comment ils souhaiteraient être managés. Pas étonnant ? En tout cas, l’étude a le mérite d’objectiver cette intuition. Tous les espoirs seraient permis quant à la qualité du renouvellement des managers si deux autres données ne venaient ternir le tableau.

Accès des jeunes aux responsabilités de management : des disparités entre le nord et le sud

Si au Royaume Uni et en Allemagne les entreprises n’hésitent pas à confier des responsabilités de management à des moins de 30 ans, Il n’en va pas de même en Espagne, en Italie et surtout en France. Au nord, « la valeur n’attend pas le nombre des années » alors qu’au sud, l’expérience prime. Comment expliquer cette réticence des pays du sud à donner leur chance à de jeunes managers ?
Si l’étude ne donne pas de réponse à cette question, nous pouvons formuler une hypothèse en nous inspirant des travaux de Philippe d’Iribarne dans « La logique de l’honneur ». Il a mis en perspective les logiques culturelles qui sous-tendent le fonctionnement des organisations en fonction des pays et en particulier « la logique de l’honneur » de la France et des pays du sud.
Nous sommes un peuple de techniciens. La crédibilité du manager repose sur son expertise métier, le fait qu’il sache (mieux) faire le travail que font ses collaborateurs. L’acquisition de cette autorité de compétence nécessite qu’il ait suffisamment d’années d’expérience. D’ailleurs, c’est encore souvent le meilleur expert qui est choisi pour accéder à un poste de management comme si une expertise pointue était le gage d’un management efficace.

Peu de jeunes ont envie de manager des équipes

Ils ne sont que 21% à souhaiter prendre des responsabilités de management alors que 41% d’entre eux souhaitent évoluer dans une filière métier. Pourquoi aussi peu d’engouement de la part des jeunes pour exercer des responsabilités managériales ? Formulons quelques hypothèses de réponses que nous ont inspirées les témoignages des jeunes managers que nous formons :

  • Le manque de formation : l’expertise métier fait l’objet d’années de formation. Elle correspond bien souvent à la formation initiale. Pourquoi quitter une filière dans laquelle le jeune se sens compétent et reconnu pour aller vers des fonctions dans lesquelles il va devoir accepter d’être débutant et pour lesquelles il suivra au mieux quelques jours de formation?
  • Le manque de soutien : ce constat est d’abord lié au fait que le jeune, qui était autonome dans son expertise précédente, continue à être considéré comme autonome dans ses nouvelles fonctions managériales alors qu’il est…débutant. Ajoutons que la hiérarchie dispose (consacre) souvent peu de temps à l’accompagnement du manager débutant.
  • Le manque de reconnaissance : la fonction managériale a perdu son attrait. Elle a perdu la fonction symbolique qu’elle avait pour les générations précédentes. Devenir manager, c’était accéder à un statut.
  • La perception d’un déséquilibre contribution/rétribution : tout collaborateur a dans la tête une balance romaine avec 2 plateaux : d’un côté sa contribution, ce qu’il apporte à l’entreprise (temps, énergie, réflexion, créativité…) et de l’autre côté sa rétribution, ce que l’entreprise lui apporte. Il semble que la perspective d’une fonction managériale crée un déséquilibre entre les deux plateaux : la contribution et ses inconvénients pèsent plus lourds que la rétribution et ses avantages. Ce phénomène s’accentue d’autant plus que l’étude montre que, dans la hiérarchie de leurs préoccupations, les jeunes font passer la vie de famille avant le travail.

Et vous managers potentiels, avez-vous envie de devenir managers ? Et vous, jeunes managers, comment vivez-vous vos nouvelles responsabilités de management ?

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Jean-Marie Cellette Il y a 2 années (21h43)

Pour avoir suivi la formation Cegos "réussir sa prise de fonction de manager", je ne pense pas que le manager doit être particulièrement âgé pour réussir. Par contre, il faut avoir vécu et si possible pas 10 ans dans le même environnement. Pas mal de motivation, de l'envie sont souvent de
meilleurs atouts. La recherche permanente de s'améliorer qui est un trait de la génération Y est définitivement un atout.Si le potentiel de leadership ne s'est pas déclaré avant 35 ans, je suis peu convaincu que promouvoir un profil technique aide une entreprise. D'autant plus que les métiers évoluent très vites.89 des 100 plus grandes entreprises mondiales utilisent le test psychologique MBTI (source: Leadership: enhancing the lessons of experience - Page 174, chard L. Hughes, Robert C. Ginnett, Gordon J. Curphy) Etonnant que la France ait autant de retard alors que les universités l'utilisent dans l'orientation aux Etats-Unis: http://fr.wikipedia.org/wiki/Myers_Briggs_Type_IndicatorJean-Marie Cellette Manager de vendeurs, Nantes, 33 ans www.biz2nantes.com - Blog de management de proximité et événements business à Nantes www.viadeo.com/fr/profile/jean-marie.cellette Lire la suite

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (08h28)

@Jean-Marie Cellette : merci pour votre témoignage et le partage d'informations. Cordialement

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lelievre Il y a 2 années (10h21)

Les jeunes ont des diffcultés à prendre des postes de Manager pour la simple et bonne raison qu'ils sont discrédité, et que la "relève" est très mal vécu par les salariés qui sont déjà en poste.Moi? Me faire manager par un gamin de 25 ans?Voila ce que
j'entends régulièrement. Lire la suite

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (04h48)

@lelievre : merci pour votre témoignage. Cordialement

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managersonprojet Il y a 2 années (09h01)

Bonjour,Je trouve que les mentalités sont en train de changer en France et qu'on voit de plus en plus de jeunes manager de moins de 30 ans y compris dans les entreprises de l'industrie lourde. Manager est je pense indispensable dans un certain nombre d'entreprises pour esperer obtenir des postes intéressants

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (09h06)

@managersonprojet : oui. La filière management constitue souvent la seulle possibilité d'évoluer professionnellement. Cordialement

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Hélène Il y a 2 années (12h50)

À 25 ans et à un poste qui doit déboucher sur 1 poste de manager par la suite, je me reconnais dans beaucoup de ce qui a pu être dit dans cette article ! Pour l'instant, je préfère évoluer et gagner en expertise métier qu'en expérience management ! Effectivement, à
l'école, on ne parle que de compétences métiers. Pourtant on nous dit que de par notre diplôme, on va avoir des équipes à manager ! Mais rien ne nous y prépare (ou tellement peu) ! Et peut-être ça renforce l'idée chez nous (jeunes cadres) que pour que l'on soit un bon manager, on doit avant tout être l'expert métier de l'équipe. Au final, pourtant, on se rend souvent compte que ce n'est pas le cas ! Lire la suite

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (09h02)

@Hélène : merci pour votre témoignage. Cordialement

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Margaux Il y a 2 années (14h37)

Bonjour,Merci Jean-Pierre pour cet article qui soulève une question très importante. J'ai 20 ans et travaille dans une société, ayant des responsabilités proche du manager. Je pense que la principale raison pour laquelle les jeunes ne souhaitent pas manager des équipes est la difficulté de ce poste. Être manager, c'est une responsabilité importante
qui implique des fonctions comme aligner l'équipe, gérer les ressources et le manager est souvent dans une position peu confortable, tiraillé entre le haut et le bas de la hiérarchie. Il se doit aussi de s'assurer que le travail soit fait, étant parfois débordé et devenant un réel goulot d'étranglement. Si je reviens sur le point du tiraillement, il doit à la fois s'occuper des hommes “en dessous de lui” et suivre les directives données au dessus. C'est une position assez peu confortable et difficile à tenir, surtout si on a peu d'expérience. Je pense aussi que, dans les écoles actuelles, on apprend peu aux jeunes à développer ces capacités et pour cause, il faut le vivre pour comprendre. On voit aussi que le phénomène de la génération Y a des impacts sur les entreprises. Beaucoup de jeunes cherchent du sens dans leur travail et certaines entreprises ont perdu leur sens. L'entreprise hiérarchique actuelle n'est donc plus adaptée pour certains et peut-être cela mènera-t-il à une évolution de la structure qui intègre tous les profils ? On m'a interviewé sur les problèmes inter-générations dans les entreprises et j'ai dit que le seul problème de l'inter-génération c'est le fait qu'on fasse une différence entre les générations. Je crois en un système qui permette à chacune d'avoir sa place, sans que la génération ait un quelconque impact sur le travail. Voici ce que votre article a réveillé chez moi. Je vous remercie d'avoir pris le temps de l'écrire.Bien à vous,Margaux, IGI Partners Lire la suite

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 2 années (08h47)

@Margaux : merci pour votre témoignage. la particularité de la position du manager est en effet d'appartenir simultanément à l'équipe qu'il manage et le groupe des managers. cette double appa&rtenance explique les tiraillements que vous évoquez.je soiuscris également à votre réflexion sur l'intergénérationnel : à trop focaliser sur une seule
caractéristique (la génération), on finit par oublier que les collaborateurs sont bien plus que cela. Cordialement Lire la suite

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georgesV Il y a 1 année (10h56)

Merciii et en avant la nouvelle génération participez au changement l'avenir c'est vous....

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre TESTA Il y a 1 année (11h05)

@georgesV : merci pour ce feedback. Cordialement.

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Anne-Lorine Il y a 1 année (17h43)

Bonjour, Actuellement étudiante en école de commerce en dernière année de master en alternance, je dois rédiger un mémoire et j'ai choisi comme sujet : "comment être légitime en tant que manager quand on sort de l'école". Mon choix c'est porté sur cela car étant alternante chef de rayon, il m'a
était difficile au départ de m'imposer comme chef auprès de mon équipe. Votre article ma permis d'agrandir ma base de donnée concernant mon sujet. Je voulais savoir si vous aviez des connaissances sur des études qui auraient pu être réalisées sur ce sujet.Cordialement. Lire la suite

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Jean-Pierre Testa

TESTA Jean-Pierre Il y a 1 année (04h35)

@Anne-Lorine : vous pouvez consulter les résultats de l'étude Cegos "Les jeunes et le travail" sur le site et l'ouvrage que j'a

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Jean-Pierre Testa

TESTA Jean-Pierre Il y a 1 année (04h37)

@Anne-Lorine : vous pouvez consulter l'étude Cegos "Les jeunes et le travail" sur le site et l'ouvrage que j'ai co-écrit aux ESF : "Réussir dans de nouvelles responsabilités - mode d'emploi". Cordialement

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Anne-Lorine Il y a 1 année (07h46)

Bonjour, Merci beaucoup de votre réponse. Je vais consulter cette étude.Cordialement.

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pefakouo rodrigue Il y a 5 mois (15h39)

En plus de la logigue de l'honneur qui caracterise les pays du sud, il ya un autre facteur culturel que j'aimerais mentionner à savoir

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pefakouo rodrigue Il y a 5 mois (16h01)

En plus de la logigue de l'honneur qui caracterise les pays du sud, il ya un autre facteur culturel que j'aimerais mentionner à savoir la phobie du risque.L'attitude conservatrice de beaucoup de chefs d'entreprise laisse ressortir leur scepticisme quant à l'occupation de certaines fonctions de direction par une tierce
entité dont l'influence pourrait etre menaçante Lire la suite

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    Jean-Pierre Testa

    Jean-Pierre Il y a 5 mois (14h32)

    Merci pour votre contribution. Cordialement

bouhedli Il y a 5 mois (23h47)

Excellent article merci et bonne continuation

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    Jean-Pierre Testa

    Jean-Pierre Il y a 5 mois (14h33)

    merci pour votre feedback. Cordialement

jean cartier Il y a 5 mois (23h48)

merci et bonne continuation

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    Jean-Pierre Testa

    Jean-Pierre Il y a 5 mois (14h34)

    Merci pour votre feedback. Bonne continuation. Cordialement