Ferons-nous mieux que les babouins?

Par Jean-Pierre Testa le 11 novembre 2013

Depuis plus de trente ans, le neurobiologiste Robert Sapolsky de l’université de Stanford étudie les conséquences du stress sur les primates dans une colonie de babouins du Masaï-Mara, au Kenya.  Quels enseignements en tirer sur la gestion du stress et les systèmes managériaux ?

Stress et hiérarchie

Les premières observations montraient que cette colonie de babouins, peu menacée par les prédateurs, avait facilement accès à la nourriture et que ses membres avaient beaucoup de temps libre. Dans cette colonie très hiérarchisée, les mâles dominants accédaient au haut de la hiérarchie en se montrant plus agressifs et plus rusés. Ils étaient peu sociables, passaient peu de temps avec leurs congénères et bénéficiaient de tous les avantages. Ils consacraient l’essentiel de leur temps à harceler les autres membres de la colonie. Sapolsky observa également que chacun connaissait sa place et savait qui il pouvait torturer et par qui il pouvait être torturé et il fit 2 découvertes :

  • La position sociale déterminait le niveau de stress des membres de la colonie : les résultats au scanner montraient que les chefs primates, non stressés, secrétaient plus de dopamine (hormone du plaisir) que les subalternes.
  • Les subalternes, soumis à un stress permanent, souffraient d’une tension artérielle et d’un rythme cardiaque élevés.

Un universitaire londonien, Michael Marmot, a mené une étude semblable sur 28 000 agents de la fonction publique britannique. Il en est arrivé aux mêmes conclusions : plus l’individu se situe bas dans la hiérarchie, plus son risque de développer des pathologies mortelles liées au stress est élevé.

babouin-afrique

Crise et changement de paradigme

Il y a 20 ans, les babouins ont pioché de la nourriture dans les déchets d’un campement de touristes et ont mangé de la viande infectée par le bacille de la tuberculose. Ce sont les mâles qui ont été le plus affectés : la moitié d’entre eux sont morts en particulier les mâles dominants qui s’étaient servis en premier sans en laisser aux autres.

Avec la disparition des mâles dominants, la colonie s’en est trouvée transformée : il restait deux fois plus de femelles et les mâles restant étaient bienveillants, sociables. Cela a complètement changé l’ambiance.

Cette troupe se caractérise aujourd’hui par sa prospérité, un niveau d’agressivité très bas et un niveau de sociabilité élevé. Les babouins n’ont plus aucun problème d’hypertension, ni d’anxiété comme le montre le résultat des analyses.

Les conclusions et les enseignements pour le management

Michael Marmot a corroboré ce constat chez les humains :

  • Avoir du contrôle sur sa vie, sa charge de travail diminue le stress ;
  • Quand les personnes ont plus de contrôle et qu’elles se sentent traitées de manière équitable et juste, le taux de maladie baisse.
  • Faire participer davantage les collaborateurs, leur donner un plus grand pouvoir de décision, les récompenser permet d’avoir un environnement de travail plus sain et plus productif.

Si les babouins ont été capables en une génération de transformer un système social qui paraissait immuable, les relations humaines ne peuvent-elles pas changer aussi ?

La colonie des babouins a prospéré. Saurons-nous faire de même ?

La bienveillance est-elle la valeur managériale d’avenir?

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Pia Martin

Pia Martin Il y a 11 mois (11h19)

A diffuser auprès d'un grand nombre : nous sommes tous concernés !

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (11h34)

@Pia : merci pour ton feedback !

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Jean-Marie Pruvost

PRUVOST Il y a 11 mois (11h55)

Mieux vaut donc maîtriser son stress et ne pas se laisser bousculer par la pression du travail et de la hiérarchie. Couper les portables dès la sortie du bureau, ou ne les ouvrir que si on en a le contrôle.

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Marie Gedron Il y a 11 mois (12h14)

Merci pour cet excellent article. La bienveillance comme valeur managériale d'avenir !!! Je vote "pour" d'autant que la bienveillance vaut aussi pour soi. Comment être bienveillant avec les autres si on ne l'est pas déjà pour soi ? Avoir du "contrôle sur sa vie" c'est aussi avoir du contrôle sur
son petit cinéma intérieur et sur les projections que l'on fait à tour de bras à son propre sujet, aux sujets des autres et des situations. Il me semble que la bienveillance assainirait ces projections. Lire la suite

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Carl-Erik Il y a 11 mois (12h19)

Faut-il en passer par le départ de nos (pseudos) élites ? On ne va quand même pas leur faire ce que ces babouins d'élite ont subi !

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Gaëlle Menin-Urien

Gaëlle MENIN Il y a 11 mois (21h17)

Bravo pour cet article ! Une question me taraude : à la disparation des mâles dominants, certains mâles bienveillants ont-ils pris leur place et leur comportement ? si ce n'est pas le cas, c'est une belle raison d'espérer.

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Sonia Il y a 11 mois (21h34)

Un grand merci pour cet article instructif ! L'intelligence partagée dans les organisations a de l'avenir ...

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Sonia Il y a 11 mois (21h37)

Merci pour cet article enrichissant ! L'intelligence partagée dans les organisations a de beaux jours devant elle...

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Bertrand Il y a 11 mois (14h03)

Et les femelles n'en ont pas profité pour prendre en main la communauté et remiser les mâles dominants au placard?

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (05h00)

@PRUVOST : oui, récupérer du contrôle sur son temps (et donc sa vie) et mettre des limites est une bonne option. Cordialement

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (05h04)

@Marie Gendron : oui, le leadership commence par le leadership de soi (conscience, bienveillance, confiance en soi) avant d'envisager le leadership des autres.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (05h09)

@Carl-Erik : pas nécessairement. La diffusion des résultats de ces travaux peut aider à la prise de conscience et une évolution des pratiques managériales. Cordialement.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (05h13)

@Gaëlle Menin : merci. La colonie de babouins continue à fonctionner sur un principe de bienveillance. les jeunes mâles qui la rejoigne intègre rapidement cette règle du groupe.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (05h14)

@Sonia : merci.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (05h17)

@Bertrand : non. Le leadership est d'autant plus contesté qu'il ne répond pas aux besoins des collaborateurs.

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AlainChenal Il y a 11 mois (18h35)

Merci Camille; excéllent : à diffuser. Mais n'y a-t-il pas un autre moyen d'améliorer le vivre ensemble que d'éliminer les élites ?

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Priscilla Il y a 11 mois (15h42)

On a toujours à apprendre de la nature ! Excellent article ! @AlainChenal : On pourrait peut-être espérer que les élites aient l'intelligence de se remettre en question eux-même sans que la société ait à les "éliminer". Le vivre ensemble plutôt que le vivre pour moi seul.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (15h47)

@Priscilla : Merci.

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Jean-Pierre Testa

Jean-Pierre Il y a 11 mois (15h55)

@AlainChenal : nous n'avons pas conscience en permanence de nos comportements et de leur impact positif ou négatif sur l'entourage professionnel. Donner du feedback est une option pour aider l'autre à prendre conscience et l'inviter à changer ses comportements.Cordialement

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