Être femme et leader est-ce incompatible ?

    Par le 24 mai 2017

    Le genre, la parité font encore et toujours débat. Dans les écoles primaires, on sait que les petites filles apprennent plus vite, avec plus d’assiduité. Ensuite au long de leur parcours et dans les études supérieures elles vont s’orienter massivement dans les filières non scientifiques et les métiers dits féminins. A tel point qu’un métier qui se féminise perd de sa valeur !

    Le plafond de verre est toujours là, pour les jeunes femmes qui ont passé ces caps. Les études supérieures, mêmes prestigieuses ne suffisent pas. Évoluer à des postes de management et exercer des responsabilités demeure un parcours semé d’embuches et d’à priori, alors comment l’aborder ?

    Je vous invite à explorer les trois solutions suivantes : fonctionner par imitation (s’approprier les meilleures pratiques de réussite), s’ancrer par l’affirmation (oser, s’imposer, réaliser), s’inscrire dans la pérennité par l’influence (développer, faire exemple, accompagner).

    Fonctionner par imitation

    Comme dans beaucoup d’exemples de réussite, une des meilleures techniques reste l’imitation. Pour être acceptée comme  un manager il vaut mieux adopter  les codes du genre opposé !

    C’est ce que j’appelle la « stratégie grise » : faire comme si on n’était pas une femme… pour cela quelques comportements vont être décisifs :

    • Bien comprendre son environnement pour adopter la bonne posture. Votre « stratégie grise » sera différente, si vous êtes seule dans un environnement industriel, ou au milieu d’autres femmes dans un secteur de prestations, ou de services…
    • Adopter les codes vestimentaires masculins sans gommer la touche de féminité (là aussi à adapter en fonction de votre environnement).
    • Adopter le vocabulaire de ses collègues hommes. Aimez-vous, savez-vous, parler : voitures,  paris sportifs, foot ou bricolage ?
    • Pour celles qui ont des enfants : mettre en place des solutions pour éviter l’absentéisme, ne pas trop  parler de ses contraintes, de ses enfants, mais parler boulot…
    • Sur travailler et surtout le faire savoir !
    • Prendre du recul face aux insinuations : « tu dois être fatiguée, tu t’en sors entre la maison et ta famille avec tout ce travail ? » On le sait, la charge mentale pour une femme qui exerce des responsabilités managériales est décuplée car elle s’ajoute à la responsabilité du quotidien familial.

    S’ancrer par l’affirmation

    Ensuite vient l’affirmation : certes, je suis un manager mais également une femme, avec ce que cela implique de contraintes et de préjugés.

    • Croire en soi d’abord, personne ne vous fera jamais plus confiance que vous. Les réseaux féminins sont plus discrets que les réseaux masculins et moins actifs vous aurez donc moins d’aides et d’accompagnement
    • Mettre en avant ses réussites de leader
    • Se montrer sure de soi, en toutes circonstances
    • Accepter les promotions d’abord, se poser des questions après, ou ne pas se poser de questions du tout !
    • Foncer, accepter d’être imparfaite
    • Prendre systématiquement la parole en réunion, même pour ne pas dire grand-chose d’important
    • Réclamer : qui ne demande rien n’obtient pas grand-chose, pour cela il faut croire en sa valeur et oser
    • Demander une augmentation et ne pas attendre que grâce à votre mérite, on vous remarque !
    • Refuser, surtout si vous êtes la seule femme dans un groupe d’hommes, de prendre des notes pour le compte-rendu, ou de gérer tous les plannings pour organiser les rendez-vous suivants…
    • Etre assertive sans agressivité, ce n’est pas simple car on peut vite vous taxer de pratiquer l’autoritarisme !
    • Croire fermement en sa légitimité et se débarrasser du complexe de l’imposteur qui vous guette : pourquoi moi ? Si votre organisation vous a nommée c’est que vous êtes compétente, n’en déplaise aux fâcheux !
    • Ne pas s’arrêter au premier échec, c’est l’échec qui est apprenant et vous permet de progresser, continuez votre chemin.

    S’inscrire dans la pérennité par l’influence

    Enfin, pour celles qui accèdent à des postes à hautes responsabilités ou de Direction, vient le temps de l’influence, à ce stade on voit le leader et non plus la féminité, car tous les obstacles et les rivalités ont été écartés.

    • Devenir exemplaire, un modèle pour les autres femmes, en créant par exemple dans vos organisations des réseaux de mentors.
    • Eviter la tentation  de « faire vivre aux autres femmes un parcours aussi difficile que le vôtre ». Prenez conscience de ce risque de reproduction : cela a été dur pour moi d’en arriver là, alors pourquoi serait-ce facile pour les autres ?
    • Etre le manager qui fait grandir son équipe
    • Etre le manager qui sait penser en décalé, au-delà des processus rassurants et développe la coopération
    • Etre leader sur les sujets en poupe : entreprise libérée, agilité,digital…
    • Faire le « marketing de soi » ne pas hésiter à se mettre en avant, à parler de sa réussite et de sa valeur professionnelle et en faire un matériel d’apprentissage à largement diffuser !

    En espérant que ce billet vous ait fait sourire ou rappelé certains moments de votre parcours, je vous propose pour le clôturer cette citation :

    « Pensé par les hommes et pour les hommes, le monde professionnel fonctionne encore trop souvent avec les codes méconnus des femmes. Exemples? les promotions et augmentations de salaires ne s’obtiennent pas comme des bons points à l’école. La présence physique prime sur les résultats obtenus. Le faire-savoir reste aussi important que le savoir-faire. Les réseaux d’influence comptent (au moins) autant que la compétence… Autant de règles non écrites qui se vérifient partout mais ne sont enseignées nulle part. »

    Anne-Cécile Sarfati, Être femme au travail, Ce qu’il faut savoir pour réussir mais qu’on ne vous dit pas (2011), Editions Odile Jacob

     

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    Stéphanie COUTOULY Il y a 3 mois

    Article très intéressant et globalement très juste! Je connais ces étapes après une carrière dans l’industrie.
    Cependant, je ne suis pas d’accord sur le fait de ne pas parler de ses contraintes. Je pense qu’on doit sortir du non-dit sur ce sujet car cela ne concerne plus uniquement les femmes, mais savoir montrer qu’on sait s’en affranchir en promouvant des organisations différentes, moins centrées sur le présentéisme et plus sur l’efficacité, au bénéfice de tous, hommes et femmes.

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    albain venzo Il y a 2 mois

    Merci pour cet article, toujours bon de rebattre les cartes jusqu’à l’équilibre. En revanche pas trop d’accord sur la posture « d’Imitation ». C’est d’ailleurs bien le problème: dire et faire comme les hommes, c’est placer le niveau d’échange sur un terrain caricatural un peu court. De fait les femmes qui tombent dans ce piège ne sont plus vraiment des femmes…parmi les executives women beaucoup ont ainsi perdu de leur féminité au profit d’une testostérone propre aux rapports de forces. En apportant cette notion possible du pouvoir au féminin, les comités de pilotages gagneraient en intelligence collective et en harmonie de travail. Ne serait-ce parce qu’elles sont en responsabilité souvent de défendre un écosystème global professionnel et familial. et là je dis respect. Alors s’il vous plaît mesdames, restez des femmes dans toutes ces dimensions qui vous honorent.

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