Remplaçons nos montres par des boussoles !

Par le 15 septembre 2010

Certains managers se plaignent de problèmes de gestion du temps alors que leur emploi du temps professionnel et personnel semble « confortable » alors que d’autres sont débordants d’activités professionnelles et extraprofessionnelles etc… sont satisfaits de l’utilisation de leur temps. Comment expliquer ce paradoxe et comment le résoudre ?

Comment nous nous piégeons avec le temps

En fait, le paradoxe n’est qu’apparent et il met en évidence le fait que notre représentation traditionnelle du temps s’avère inefficace aujourd’hui.

  • Le temps serait une ressource quantifiable qui se gère.
    Les expressions telles que « gagner du temps », « perdre son temps » renvoient à cette conception comptable, arithmétique du temps. Elle avait du sens dans une société industrielle où la productivité était proportionnelle au temps passé. Elle s’avère inopérante dans la société de l’information d’aujourd’hui.
  • Le temps est une ressource externe à l’individu.
    Ici également, les expressions courantes sont significatives de notre conception du temps : « avoir ou ne pas avoir le temps » comme si le temps nous était octroyé par l’extérieur.

Alors comment s’en sortir ?

Passons de la gestion du temps au leadership personnel du temps

Le culte de la mesure du temps a permis de développer la culture technologique et les organisations productrices de progrès du 20eme siècle. L’Organisation Scientifique du Travail a témoigné en son temps des performances de cette représentation du temps. Mais les événements inopinés, les changements chaotiques et la complexité des organisations actuelles montrent les limites de ce modèle. Les modes de management ont évolué pour s’adapter à cette nouvelle donne : gestion, management, leadership. Faisons également évoluer dans le même sens nos pratiques en matière de temps.

De la gestion du temps…

La gestion, « l’administration des choses » permettait de gérer des situations connues, de stabilité, avec peu d’incertitude. C’était l’âge d’or de l’Organisation Scientifique du Travail.
Le manager gestionnaire efficace de son temps savit planifier, s’organiser pour respecter les délais. Cette posture s’avère efficace dans un univers de forte stabilité dans lequel le temps est linéaire, mesuré, contrôlé par l’organisation et proportionnel à la production. Plus l’on consacre de temps au travail et plus l’on est productif.
Le manager se pose des questions du type :

  • Que faire ?
  • Combien de temps ?
  • Dans quels délais ?

… au management du temps…

Sans renier le paradigme précédent, le manager du temps s’adapte à un avenir moins prévisible et à la reconnaissance implicite et nécessaire de la liberté de manœuvre des collaborateurs. Face à une charge de travail croissante, la hiérarchisation des activités, la délégation deviennent indispensables.
Le manager se pose des questions du type :

  • Comment faire ce que j’ai à faire ?
  • Comment faire faire ?

… au leadership du temps.

Pourquoi parler de leadership du temps aujourd’hui ? Dans un contexte où l’avenir est de plus en plus imprévisible, où le temps de travail est éclaté, où temps rime avec traitement de l’information, l’efficacité est en grande partie déconnectée de la quantité d’heures travaillées. Elle repose sur la capacité du manager à orienter son action et celle de ses équipes vers une vision et un projet d’avenir. C’est ce « nord temporel » qui permet de hiérarchiser et arbitrer les priorités, d’accepter et de faire accepter les imprévus et les changements de cap.
Le manager se pose des questions du type :

  • Où allons-nous ?
  • Pour quoi et pourquoi je vous demande de faire ?
  • Pour quoi  et pourquoi je fais ce que je fais ?

A la maxime de Bruno Jarrosson « Halte à la dictature des horloges ! », ajoutons celle-ci : « remplaçons nos horloges par des boussoles ! ».

Et vous êtes vous un « manager-horloge » ou un « manager-boussole » ?

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Nathalie Il y a 10 années

Merci pour cet article qui dit et formalise « une impression du temps » qui s’accélère et dépasse quelque peu l’individu, d’ailleurs. Je me sens tout à fait dans le « manager- boussole » car, c’est vrai je cherche en priorité à ne pas être déboussolée par cette accélération… la vision prospective de là où aller à moyen terme est essentielle, tant pour son activité professionnelle que pour soi-même.

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MAIREY Il y a 10 années

Tout à fait d’accord avec Nathalie sur l’impression du temps: mon impression partagée !
Hiérarchiser et arbitrer les priorités, accepter et de faire accepter les imprévus et les changements de cap…
Laurent

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Jean-Pierre

Jean-Pierre Il y a 10 années

@Nathalie : merci. Le manager qui cherche à se synchroniser sur le temps des technologies de l’information et chercher à tout traiter s’essoufle en vain et risque d’être frustrer en permanence. La satisfaction naît des réponses que chacun apporte à la question: « en quoi mes activités d’aujourd’hui m’ont fait avancer vers mon but? »

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Jean-Pierre

Jean-Pierre Il y a 10 années

@MAIREY : merci. L’un des enjeux du leadership du temps réside effectivement dans un changement de nos représentations des imprévus et des changements d’orientations. Les imprévus sont encore souvent vécus comme des anomalies, des dysfonctionnements par rapport à un ordre établi alors qu’ils sont inhérents à la vie. Les accepter, les accueillir, c’est mieux les vivre et et mieux les traiter. Quant à changer de cap, c’est s’dapter à des conditions nouvelles pour arriver plus sûrement à destination.

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Jean Louis MULLER Il y a 10 années

« J’en perd le Nord » est une métaphore employée par des managers déboussolés. Ils perdent alors le sens des finalités et des valeurs ajoutées attendues de leur fonction. Faire le point avec sa boussole requiert un moment de calme et de distance par rapport aux sollicitations venant de toute part. Il convient de se poser pour retrouver sa route, voire décider de la modifier. Mais bien souvent celle et celui qui reste posé, calme, lent et distant est traité de philosophe ou de fataliste par ses pairs hyperactifs et réactifs. L’usage efficient de la boussole, au-delà de sa technique relève du courage managérial.

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Jean-Pierre

Jean-Pierre Il y a 10 années

@Jean Louis MULLER : merci pour cette contribution. Un prochain billet prolongera notre réflexion commune sur le mode d’emploi de la boussole.

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