Du « Discours d’un Roi » au… « Discours d’un Coach »

Par le 17 mars 2011

Quels liens peut-il bien avoir entre le film de Tom Hooper, le « Discours d’un Roi », et les pratiques de coaching ? En visionnant en particulier deux séquences du film, j’ai établi des parallèles que je souhaite partager avec vous.

Deux séquences riches d’enseignements

Dès la première rencontre entre « l’orthophoniste » et le roi, le cadre de la relation est fixé. Les règles sont définies par l’orthophoniste : «C’est moi qui décide du lieu où ont lieu les séances de travail ! Et cela se passe chez moi. Si vous ne voulez pas, je n’accepte pas de vous prendre comme patient ». C’est clair : le terrain ne peut pas être celui du roi, dans sa conception spatiale (mais pas seulement) du terme. Ainsi, aussi bien les méthodes d’apprentissage que le rythme de la progression sont décidés par l’orthophoniste, avec les réticences de la part du roi qui finissent par être dépassées.

Un peu tard, le roi arrive à une séance de travail et découvre sur la table une maquette d’avion. Passionné de modélisme, il se rue sur la machine. Son « orthophoniste » le stoppe dans son élan et lui dit : « Non, vous ne touchez pas à l’avion, sauf en fin de séance si vous avez progressé ». Le cadre est à nouveau fixé et surtout le roi s’exécute. Dans la phase suivante, l’objectif de la séance est défini, l’analyse de la situation et des obstacles conduit à une solution. Le travail fait son œuvre et les progrès constatés sont actés. A la fin de la séance, l’orthophoniste dit au roi « Allez-y, vous pouvez maintenant poursuivre la construction de la maquette. »

Les experts auront identifié là le processus mis en œuvre par l’orthophoniste : « 1. Définition des règles du jeu – 2. Analyse et plan d’action – 3. Reconnaissance ». Une belle leçon de coaching en somme, comme l’Histoire en fourmille si l’on veut bien y prêter attention !

Du « Discours d’un Roi » aux conditions de réussite du coaching

Le film décrit très bien le contexte des prémices de la seconde guerre mondiale dans lequel s’inscrivent les relations entre Georges VI et son père. De même, le coaching est d’abord un travail sur la personne qui vise une application, une transposition et une mise en œuvre dans un contexte professionnel. La personne est considérée en tant qu’individu y compris dans la dimension de son histoire personnelle et de son « cadre de référence.

Le décryptage des séquences du film illustre également que le coaching est une relation de confiance basée sur des règles, des process, des messages et des enjeux.

Au-delà de ces aspects, le coaching est une modalité d’accompagnement d’une personne dans la résolution de problématiques professionnelles dans des conditions clairement établies :

  • L’accord et l’engagement explicite du coaché (y compris en cas de prescription de la part de la DRH ou de sa hiérarchie)
  • La notion essentielle de contrat entre le coach et le coaché tellement prégnante dans le « Discours d’un Roi »
  • Un travail la prise de recul sur soi ou de remise en cause de la part du coaché (exercice par essence difficile).
  • Une volonté de la part du coaché d’adopter une posture clairement « orientée solutions ». il est là pour mettre effectivement en œuvre des solutions opérationnelles, sans doute déjà identifiées, mais toujours pas mises en place. D’où, un travail du coach sur les freins à cette mise en œuvre. Le débat qui a lieu tout au long du film entre la « technique d’élocution » et « le travail sur la confiance en soi » est, à ce titre, particulièrement évocateur.

Des principes sous tendus par deux « méta » conditions de réussite

Ces principes ne seront efficients que si deux questions sont résolues au préalable :

  • Le coaching est-elle la bonne prescription ?

Le diagnostic a permis d’établir que d’autres modalités d’accompagnement ou de développement des compétences (une formation collective, par exemple) ne seraient pas adaptées pour aider la personne.

  • Cette prescription est-elle en phase avec les enjeux du coaching ?

Ces enjeux se situent à la frontière entre le besoin du manager coaché de franchir des barrières personnelles et les attendus de la fonction exprimés par l’entreprise. Les améliorations attendues relèvent-elles directement de la valeur ajoutée de la fonction managériale ? Cette valeur ajoutée managériale est-elle perçue effectivement comme un levier de progrès vis-à-vis des clients, des collaborateurs, du développement durable de la société et de l’environnement, des actionnaires ? Là aussi, le film montre merveilleusement bien cet aspect du coaching : dans une monarchie constitutionnelle à faible pouvoir royal, seuls comptent la posture, le rôle (explicite donc, bien que limité) et le symbole du « Discours » porteur des enjeux collectifs et fédérateurs, cruciaux à cet instant là, pour le devenir du pays.

A la lecture de ce billet, vous aurez compris que ce film m’a conquis et que le titre n’est qu’une boutade car en ce qui concerne le coach, il ne s’agit évidemment pas de discours mais… comme l’orthophoniste, il est là pour servir celui du roi !

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Philippe Il y a 8 années

Analogie intéressante entre le film et le coaching.
La réflexion sur la confiance en soi construite autour de règles, enjeux, limites toujours orientée solutions donne de belles perspectives de progrès.

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Frederic Il y a 8 années

En fait il a créer les conditions de motivation suffisantes pour obtenir le résultat qu il attendait

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Aymeric Vincent Il y a 8 années

Bonjour,

Tout à fait d’accord avec vous… c’est pour cela qu’à la sortie du film j’avais publié ce billet sur mon blog: http://aymeric.vincent.free.fr/?p=2105

Aymeric Vincent
@aymericvincent

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